Le Parrain

 

L’événement était assez inhabituel pour qu’il s’imprime dans l’esprit de cette petite fille. Ce soir-là, ses parents allaient au cinéma. Ils ne sortaient jamais à tel point que Lucie trouva très insolite d’être gardée par son grand frère. Quelques temps auparavant, elle avait entendu la critique du film faite par des amis de son père. Critique qui avait décidé ses parents à sortir ce soir-là, après diner pour se rendre au California voir Le Parrain. Dès le lendemain, ses parents avaient fait l’éloge de cette soirée autour d’eux. Lucie écoutait fréquemment tantôt sa mère, tantôt son père raconter des scènes du film. Elle finit par connaître le nom des acteurs, Marlon Brando, Robert Duvall comme si c’était des proches. Quel film ce devait être ! Ce qui intriguait le plus la petite fille, c’était ce que sa mère racontait à propos d’une tête de cheval mort trouvé dans un lit. Cette histoire effrayante l’accompagna un temps chaque fois qu’elle ouvrait ses draps pour se coucher. Le Parrain, ce n’était pas qu’un film, c’était une atmosphère étrange qui avait envahi l’esprit de Lucie après ce soir inhabituel. Une atmosphère dans laquelle la petite fille décelait un secret teinté de mystère, des hommes en noir qui chuchotaient armes à la main. Pensées accentuées par cette chanson de Dalida qui passait à la radio. « Parle plus bas car on pourrait bien nous entendre… » récitait la chanteuse »… « Le monde n’est pas prêt pour tes paroles tendres… » reprenait sa mère. Et souvent le soir la vision de cette tête de cheval dans un lit inondé de sang. Pourquoi quelqu’un avait-il coupé la tête d’un cheval ? Pourquoi ses parents avaient-ils été voir une chose aussi affreuse ? Un mot revenait régulièrement dans la discussion qui entourait ce film. Mafia. Lucie n’en comprenait pas le sens mais le son de ce mot à lui seul évoquait un terrible danger. Cette mafia avait été assez forte pour faire sortir ses parents le soir !

 

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Aujourd’hui Lucie est une femme dont le film favori s’intitule Le Parrain. Elle ne compte plus le nombre de fois où elle l’a vu. Elle possède le DVD et regarde les rediffusions à la télévision. Elle est toujours émue dès les premières notes de Nino Rota. Lucie regarde toujours la scène de la tête de cheval comme s’il s’agissait d’un souvenir d’enfance personnel et elle a vite compris ce que le mot mafia désignait.

Quand elle avait traversé la Sicile sur des petites routes poussiéreuses bordées d’orangers et de figuiers de Barbarie, elle n’avait pas cessé de fredonner la valse du parrain. Devant ces paysages désertiques, sous un soleil harassant, elle imaginait Michael Corleone et la belle Apollonia. Quand elle est allée à New York visiter le musée de l’immigration à Ellis Island, elle a pensé au petit Vito auquel l’agent d’accueil accole le nom de Corleone parce qu’il ne comprend pas ce que dit ce petit Sicilien.

Dans la naïveté de ses 9 ans, dans les bribes de conversations qu’elle avait écoutées, Lucie avait bien perçu tout le mystère et la dangerosité de ce qui entourait ces personnages et cette musique. Elle ignorait alors à quel point ce qu’elle entendait allait la suivre toute sa vie. Que lors de ses voyages ce film s’imposerait à la situation, qu’elle n’oublierait jamais les paroles de la chanson de Dalida et qu’elle vouerait malgré elle, une fascination pour l’honneur, la vengeance et le secret.

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6 commentaires pour Le Parrain

  1. MHF dit :

    Joli texte… Merci

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  2. Cathy dit :

    Merci, la consigne pour l’exercice était : Comment une oeuvre d’art peut influer sur la vie d’un personnage.

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  3. Lilith dit :

    Oh ! On dirait moi avec « Entretien Avec un Vampire! »

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  4. Cathy dit :

    Ah je t’imagine bien en Claudia 

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  5. Lilith dit :

    Oh non pas Claudia (elle m’éééééneeeerve!) Plutôt Gabrielle ou Akasha! :p Ou peut être Maharet… 

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  6. Cathy dit :

    Oops toutes mes confuses, Lilith ! tu es déjà toi et c’est pas mal du tout 

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