Un rencontre inattendue

 

 

Ma mère s’est éteinte le jour de ma fête en Novembre 1999.

 

Je n’ai pas réussi à pleurer son départ ni son absence. C’était un soulagement autant pour elle que pour moi. Nous avions des relations très compliquées .Elle m’aimait trop et surtout elle m’aimait mal. Je suis passée de sa petite poupée à son psy. C’était lourd à porter mais comment repousser sa propre mère ?

Ça, je n’ai jamais su.

 

Durant 7 ans, je n’ai jamais rêvé d’elle, ne lui accordant pas l’accès à mon intimité. Je ne suis jamais allée fleurir le marbre de sa tombe, j’avais peur de m’approcher d’elle, peur de l’emprise qu’elle avait encore sur moi malgré sa mort.

 

Au début du mois de septembre 2006, lors de la préparation de mon deuxième séjour à New York, j’ai fait un rêve troublant dont j’ai eu quelques peines à sortir :

J’étais avec ma mère, je lui faisais visiter New York sauf que le lieu où nous étions toutes les deux ne ressemblait à rien de ce que je connais à Manhattan. Nous étions sur une terrasse, un tertre qui surplombait une ville qui tenait plus de Florence que de New York. Derrière nous il y avait un musée immense dont la façade plane et grise était percée de petites fenêtres et dans ce musée, je voyais mon père et mon fils descendre et monter des escaliers. Nous étions en paix ma mère et moi, je lui racontai cette ville que j’aime tant et elle m’écoutait avec le plus grand intérêt. Sur la terrasse sur laquelle nous nous promenions, il y avait un monument circulaire de style gréco-romain. Sous un dôme tenu par des colonnes blanches se tenait une immense statue de la reine Victoria en granit noir ou en bronze, la matière n’était pas précise, seule la couleur noire était évidente.

 

Le jour qui suivit ce rêve, j’étais troublée d’avoir « vu » ma mère depuis toutes ces années. Si troublée que j’ai raconté mon voyage nocturne à une amie chère, au conseil précieux. Elle écoute mon histoire avec beaucoup d’attention, elle comprend ma surprise et me dit que je verrai peut-être ce musée à New York. Elle est troublée quand je lui dis que ma mère avait pour second prénom Victoria et que le père de mon fils l’a toujours appelé « la reine mère ». Je suis aussi surprise qu’elle en découvrant ces liens qui ne mènent apparemment nulle part.

 

Le 30 septembre, je m’envole retrouver New York dix petits mois seulement après notre coup de foudre. Patricia m’a demandé de lui rendre un petit service que je vais m’empresser de lui rendre quelques jours après mon arrivée la bas.

Il s’agit d’aller photographier l’horloge qui se trouve dans le hall de l’hôtel Waldorf Astoria sur Park avenue. Je ne connais pas du tout cet endroit hormis son histoire et c’est avec un immense plaisir et une grande curiosité que je vais déambuler dans cet hôtel merveilleux.

Je monte des escaliers, j’en descends, je cherche la brasserie Oscar que je ne trouverais pas et je me régale à admirer cette merveilleuse horloge, la somptueuse composition florale de l’entrée ainsi que le piano de Cole Porter. J’ai l’impression d’avoir changé d’époque !

Puisque je suis sur Park avenue, je me dirige en flânant jusqu’à la cathédrale St Patrick toute proche. Ma foi catholique est poussiéreuse pour ne pas dire totalement abandonnée mais malgré cela, je suis portée vers Lady’s chapel ou je reste un moment et pose un cierge avec une pensée pour tous les gens que j’aime.

 

Un état de plénitude m’envahi et je ne lutte pas contre cet état de grâce. Je redescends l’allée comme portée. Mes yeux sont clos je n’ai pas l’envie ni le besoin de les ouvrir, ma main courre le long du bord des bancs fermés. Dans mes pensées, je sens une présence plus proche que les autres, j’ai l’impression qu’elle est avec moi, autour de moi, c’est ma mère, je la sens près de moi et je ne la crains pas, elle ne représente aucun danger cette fois ci, elle m’aime. Je ressors de Saint Patrick les yeux remplis de larmes mais si heureuse, apaisée.

C’est une grande première cette expérience et je ne cherche même pas à me l’expliquer. Je prends ce bonheur comme il m’est donné. Simplement et pleinement.

 

Après six jours à écumer la ville, je rentre à Paris, heureuse de ce magnifique voyage. L’heure des photos et des anecdotes à raconter a sonné. Mes photos sont belles et originales. Serait-ce grâce aux quelques conseils du photographe locataire de mon cœur ?

La seule déception vient des clichés de l’horloge du Waldorf Astoria. Moi qui me faisais une joie de faire plaisir à mon amie, les photos sont sombres ou floues. Toutes ratées !

Je lui envoie quand même les clichés mais ils sont inexploitables.

 

Depuis que je suis rentrée, nous passons notre temps à nous raconter nos endroits préférés. Cette année, j’ai marché dans ses pas. Chez Klein, au Hilton, chez Asiate, Trattoria del Arte, Cleo & Patek. Patricia a une mémoire à toute épreuve malgré qu’elle prétende le contraire. Et un matin, alors que je lui raconte mon moment de béatitude à la cathédrale, elle me demande si par hasard, je n’ai pas vu une statue.

-« une statue de qui ? » lui dis-je

Elle me répond : « Ton rêve… le musée… tu n’as rien vu ? »

 

A ce moment là, je suis emportée dans un tourbillon, les lumières du Jackpot m’éblouissent, j’entend hurler la sirène, tout s’éclaire, tout est limpide et je n’avais rien vu !

 

Je commence à lui raconter ce que j’ai vu :

 

Le musée de mon rêve est la réplique exacte de la façade du Waldorf Astoria. Les escaliers où se trouvaient mes proches parents sont ceux que j’ai monté et descendu dans l’hôtel et le plus incroyable, impensable et pourtant vrai, c’est cette horloge à 8 faces qui représentent sept présidents américains.

 

La huitième face est occupée par la reine Victoria.

 

Elle est là, gravée dans le bronze. J’ai le vertige.

Patricia est sous le choc aussi. Tous les éléments sont là, je comprends à ce moment ce qui m’est arrivé à Saint Patrick.

Ma mère était là, avec moi.

 

Victoria-1.jpg

 

Les gens qui me connaissent sont prêts à jurer que je n’ai rien d’une illuminée, que je ne me drogue pas et que très peu de choses peuvent m’étonner. Mais ce moment de ma vie reste unique, inexplicable et d’une grande beauté.

Si mon amie ne m’avait pas guidée vers cet hôtel je n’aurais rien vu, je ne serais sans doute pas retournée à la cathédrale que je connaissais déjà. Si elle ne m’avait pas rappelé mon rêve, je n’aurais rien compris.

 

Depuis ce jour,  je sais pourquoi cette ville m’attire tant, je le ressens dans mes tripes. Manhattan est un parent.

 

Patricia m’a guidée de façon tout à fait inconsciente, elle ne pouvait rien connaître, elle désirait seulement une photo.

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9 commentaires pour Un rencontre inattendue

  1. Monette* dit :

    Merci pour ce billet, c’est exactement celui qu’il me fallait, particulièrement aujourd’hui. Tu sais pourquoi.

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  2. Cathy dit :

    Peut-être m’a-t-il été soufflé par les anges… Mille baisers ma Monette.

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  3. beatrice dit :

     Dans ce récit que je connaissais déjà pour que tu me l’ai raconté et déjà là j’avais perçu, malgrè tout ce qui c’était passé, que tu lui avais pardonné. Mais là je viens de lire ce merveilleux et tendre récit (vécu) et je n’y ai entendu que de la tendresse, beaucoup de tendresse, c’était une grande dame au caractère bien trempé et pas facile mais loyale voir royale que j’aimais énormément. Je suis très contente que vos chemins se soient croisés car cela t’a permis de retrouver une certaine sérénité et la paix pour toutes les deux.

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  4. ysa dit :

    Tu me donnes le frisson mais je crois à tout ça et c’est vraiment très beau…..

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  5. Cathy dit :

    Merci

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  6. Raquel dit :

    waw mais waw quoi ! Quelle superbe expérience. Peu importe à vrai dire que cela soit explicable, mystique, raisonnable ou pas, le plus important est bien d’en écouter le message, et purée, il est beau le message !  Merci d’avoir partagé, j’ai dévoré le texte. Deux fois (tu me dis si y’a un supplément pour double lecture :P)  

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  7. Cathy dit :

    Ya pas de supplément Raquel, tu peux y aller de bon coeur 

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  8. Lilith dit :

    est tellement pleine de beaux mystères… 🙂

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  9. Quelle drôle d’histoire ! Les rêves, c’est magique, j’adore.

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